parc agricole en ville

Comment concilier agriculture et urbanisme ?

Lors de chacune de mes interventions, depuis 2012, on me pose la question de l’intégration entre urbanisme et agriculture, et des conséquences que l’agriculture a sur l’urbanisme et l’urbanisation. 

Jusqu’ici les uns et les autres considéraient cela comme étant 2 disciplines distinctes, ce qui est vrai.

Dans une approche permaculturelle, on peut considérer que ce sont 2 visions complémentaires d’une même question : « quelles ressources péri-urbaines (agriculture) correspondent à quels besoins en ville (se nourrir), et comment rapprocher cela avec des flux courts et des fonctions denses (urbanisme) ? »

Sommaire : urbanisme & agriculture

Les villes de demain seront végétalisées

Depuis le Grenelle de l’Environnement, les collectivités territoriales parlent progressivement de Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), d’écologie appliquée à la ville, d’agriculture urbaine, et de végétalisation.

Avec les situations de crises (pétrole dans les années 70, guerres liées aux ressources rares et financières, crise financière majeure en 2008, crise climatique, crise sanitaire covid-19 de 2019-2020, etc.) on parle aussi de planification alimentaire, pour faire en sorte que les territoires (villes, agglomérations, départements…) soient enfin durables et autonomes en cas de crise majeure. Pourtant, nous sommes en plein dans une crise majeure, et peu d’élus locaux semblent prendre à bras le corps ce sujet en lien étroit la société civile, pour y répondre concrètement à court terme.

  • Comment rendre le sujet alimentaire enfin opérationnel pour les villes ?
  • Quels sont les outils d’urbanisme et de développement durable avec lesquels les acteurs locaux peuvent oeuvrer pour transformer ces besoins en réalités ?
  • Comment végétaliser et rendre les villes et les territoires autonomes en énergie, santé, et gouvernance, tout en restant des acteurs de la vie publique intégrés parmi leurs pairs ?

200 fermes et plus de 1.000 hectares en moins chaque semaine en France ?

Les activités agricoles locales et de qualité (bio, Demeter, permaculture, agroécologie pratique…) méritent d’être inscrites aux Biens Communs. Elles répondent à un besoin essentiel, tel qu’on peut le voir décrit dans la pyramide de Maslow des besoins essentiels, afin que l’humain puisse se nourrir dignement.

On sait qu’en France ce sont 200 fermes et près de 1.300 hectares qui sont engloutis chaque semaine sous les désirs financiers du béton, de la ville, de l’artificialisation des sols, et des attraits apparents de la modernité et de la croissance. L’équivalent de centaines de stades qui passent du vert des feuilles au gris du béton. Dommage.

L’essentiel à mon sens est de passer à l’action maintenant, en créant des partenariats avec les collectivités publiques à court terme, et des plans stratégiques à long terme afin de s’adapter aux situations de crises, et être dans une forme aboutie de résilience.

Stratégie globale et alimentation locale

Les collectivités ont besoin de bâtir des stratégies alimentaires, via le foncier. A chacun des citoyens d’être présent et de se prendre en main au niveau de la société civile, pour créer une dynamique d’accompagnement des collectivités.

En ces temps où les dotations de l’Etat ont une large tendance à diminuer, et où les obligations locales sont de plus en plus fortes, les citoyens peuvent oeuvrer avec les experts qui savent répondre aux enjeux alimentaires rapidement. En quelques mois il est possible de créer de l’alimentation locale, et créer de la résilience alimentaire. C’est tout l’objet de mon humble démarche.

Tout l’enjeu dans un premier temps est de comprendre pourquoi certains projets agricoles fonctionnent mieux que d’autres… afin de sortir du cercle vicieux où souvent les propriétaires attendent que leurs parcelles deviennent constructibles, pour ensuite les vendre plus chères, avec un facteur multiplicateur de x10 à x100 en terme de valeur. Ca favorise la déprise agricole, les friches  et l’étalement urbain. Malgré la loi ALUR de 2014 qui est là entre autre pour densifier les villes.

Réenclencher une spirale positive d'abondance

Pour réenclencher cette spirale positive et constructive, ce cercle vertueux, nous avons besoin de 3 points essentielle :

  • une sécurité foncière ;
  • des projets agricoles porteurs et sains ;
  • des dynamiques d’intérêt général sur des zones stables.

Pour faciliter l’accès aux terres, au service d’une nouvelle agriculture réellement pérenne pour le vivant, les SCOT et les PLU sont des outils présents pour toutes les communes, avec des phases qui sont l’occasion de mieux connaître les espaces agricoles.

Le calendrier de zonage et de règlement du PLU permet de répondre aux besoins en bâti des agriculteurs.

De plus, la protection des terres agricoles par les documents d’urbanisme tels que Scot et PLU ne s’exerce qu’à court et moyen termes. Pour agir sur le long terme, deux autres dispositifs peuvent être engagés :

  • les zones d’agriculture protégées (ZAP) ;
  • les périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains (PAEN).

Comment réaliser une ZAP sur un territoire qui n’a pas les outils ?

En vrai, la ville ou le territoire concerné porte le projet et se conduit en maître d’œuvre sur l’ensemble d’une politique agricole, en articulation avec les autres services de l’État et avec partenaires locaux : autres villes, communauté de communes, associations de protection de la nature, professionnels de l’agriculture, etc. Ce territoire est accompagné par une assistance à maîtrise d’ouvrage, afin de déblayer les questions techniques, logistiques, agronomiques, économiques, etc.

Les villes conservent leur prérogatives et leur pouvoir de décision local. L’agriculture et la question de l’autonomisation alimentaire devient alors une action fédératrice. Le débat entre protection d’une terre agricole (ZAP) et transition écologique (énergie, climat, carbone, santé, habitat, etc.) peut avoir lieu publiquement. Pour information, le solaire photovoltaïque, l’éolien, ça utilise beaucoup de surface de terre et n’a pas encore prouvé sa viabilité à long terme, du fait qu’il n’existe pas de circuit de recyclage global des matières premières et des matériaux. Il en est de même quant à l’énergie nucléaire.

A mon sens, le débat se pose donc autrement : comment intégrer dans leur globalité des combinaisons de sources d’énergies dites alternatives au sein des écosystèmes agricoles, tout en étant dans des outils de production coopératifs denses et créateurs d’activités salariées nouvelles ?

Sortir du gaz russe, sortir du pétrole  du Moyen-Orient, et produire de l’électricité avec des outils nouveaux (éolien, photovoltaïque, …) ne suffira pas.

Pourquoi ? Il y a aussi d’autres besoins : faire baisser les consommations d’énergie partout, sur-isoler les habitats et les rendre intelligents et multifonctionnels avec des logiques low-techs, densifier et fluidifier les flux de chaleur et de fraîcheur à l’intérieur des villes, …

Enjeu foncier et formations pratiques : planification et actions locales

Si les outils de l’urbanisme sont nécessaires, d’autres actions en faveur du foncier sont à mentionner :

  • acquisition,
  • préemption,
  • location,
  • animation foncière,

avec des bourses foncières, afin de permettre à des mairies de convaincre les propriétaires terriens de louer ou vendre leur terres aux agriculteurs et aux porteurs de projets d’intérêt général. Plus largement, les mairies peuvent aujourd’hui s’emparer de ces sujets, avec des projets fonciers qui sont souvent longs et coûteux. Les moyens humains experts et la mobilisation citoyenne sont donc des enjeux sur lesquels oeuvrer activement.

La formation de mise et remise à niveau est essentielle : contextualisation agricole au 21ème siècle, agriculture urbaine, agri-urbanisme, planification alimentaire, organisation des micro-sociétés locales, etc. Au carrefour de plusieurs disciplines (paysagisme, urbanisme, agriculture, éducation sociale et populaire, politiques publiques), des professionnels avec une vision et une expérience sur plusieurs années et de niveau international peuvent venir nourrir les actions des élus locaux.

Clairement, l’objectif est de décloisonner agriculture et vie urbaine. L’article L.110 du code de l’urbanisme définit les règles générales d’aménagement et d’urbanisme : il a évolué pour intégrer les notions de biodiversité, de transition énergétique, etc. L’agriculture est un sujet connexe et transversal à ces thèmes là, bien qu’il n’apparaisse pas dans le dit code de l’urbanisme. L’agriculture est l’intersection de ces 2 sujets.

Les injonctions se multiplient pour les collectivités (« il faut faire ceci… »), et les enjeux s’empilent sans s’ordonner ‘ »tout est prioritaire et important, et urgent »). Pourtant quant on replace les enjeux dans un contexte de besoin fondamentaux (cf. la pyramide de Maslow), alors les réticences disparaissent. Les compétences à mettre en oeuvre ne sont pas nouvelles. C’est la manière de regarder ces sujets qui est nouvelle pour les élus, qui ont pour un certain nombre déconnecté leur fonction d’élu de leur existence humaine. Comme dans tout sujet dans lequel on n’est pas expert, mandater un bureau d’étude transversal peut être une belle opportunité de sortir la tête du sac, et offrir aux citoyens une vision prospective et autonomiste vivifiante, sans être dans l’hégémonie autarcique.

De vraies questions opérationnelles peuvent alors émerger concrètement et naturellement :

  • peut-on anticiper les évolutions climatiques en favorisant les cultures avec moins d’eau ?
  • comment favoriser les productions de fruits (pommes, poires, cerises, pêches, prunes, etc.) intégrés en circuit court pour nourrir localement ?
  • doit-on ou pas prioriser les grandes cultures (céréales, légumineuses) ou bien le maraîchage (légumes) ?

Autour des grosses villes : comment corriger les déprises agricoles ?

Une ambition : reconquérir les zones périurbaines pour maintenir une agriculture de proximité.

Les collectivités souhaitent acquérir des réserves foncières, avec l’objectif de créer des fermes ressources, d’installer des agriculteurs et des éleveurs, de créer des productions locales. c’est le cas de l’agglomération Coeur d’Essonne. Lors de mes recensements personnels, j’ai pu lister plus de 400 hectares de terrains où il est possible de recréer de la production agricole afin de nourrir le territoire. 

Acquérir ou louer du foncier nécessite du temps, de l’énergie, des personnes, des capacités, que les collectivités n’ont pas systématiquement, et une logique de co-construction : c’est lent et précis.

Comme on le sait, les mégapoles comme celles de Marseille, Lyon, ou Paris, sont des territoires avec des déprises agricoles massives. Quid de l’utilisation des friches et des bois privés à des fins de penser l’agriculture avec un autre regard, par exemple en se basant sur le rôle essentiel des arbres ?

Il y a de belles réserves de zones vierges, utiles à la présence des troupeaux de brebis, notamment en bordure des rivières et des lacs. L’enjeu consiste à  remobiliser du foncier, reconstituer des unités intéressantes pour les agriculteurs, mais aussi de le remettre en état. Aménager les espaces sauvages autrement afin de conserver la biodiversité, voire parfois défricher en partie, replacer des clôtures  vivantes avec des haies, recréer des chemins d’accès végétalisés et productifs, ajouter des systèmes ingénieux pour l’irrigation basse-pression, etc. Tous ces dispositifs opérationnels représentent des besoins auxquels les seuls professionnels agricoles ne peuvent plus répondre. 

Comment faire ? Les métropoles font des essais opérationnels, puisqu’il s’agit d’innovation et de besoins essentiels, afin d’aller vers la résilience. Avec par exemples des sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) et avec des associations foncières autorisées (AFA). Les SCIC existantes comme les AFA sont des regroupements de propriétaires (privés et/ou publics) qui incluent les communes et les établissements publics. Avec des « projets » co-construits, ces organisations mixtes créent des formes de syndic qui gèrent le foncier. Et comme établissement para-public, elles peuvent aussi monter des projets d’investissements fonciers et aller chercher des financements.

Stratégie et prospective : dans 20 ans on en sera où ?

C’est au niveau local que les transformations peuvent se faire. On a besoin pour cela d’actions de reconnexion au vivant, pour tous les citoyens vivant en ville et hors sol : par exemple avec des ateliers pratiques, des chantiers écologiques massifs (merci à l’association Etika Mondo), et des conseils municipaux de concertation alimentaire.

En plus d’acheter et louer des terres agricoles, forestières ou des friches rendues fertiles, les élus ont des positionnements à adopter en terme de création et de soutien de filières, de politiques d’acquisition foncière, de grands équipements (zone de stockage, établissements artisanaux de transformation, lieux de vente), et co-construire les systèmes d’irrigation et de stockage du carbone et de l’eau pour demain.

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